Psychologie des personnages

AlexK, rédacteur en chef de Seed, propose quelques pistes pour se faire une idée de l'état d'esprit d'un colon.

Au niveau collectif

A l'aveuglette : Au début, la colonie devait être un petit poste scientifique avancé, il n'était prévu de développer une vraie société qu'à l'extérieur, et une fois le terraformage terminé. La société actuelle avance donc à l'aveuglette, au hasard, et sans chef elle échappe progressivement à tout contrôle.

"Je sauverais tout le monde à moi tout seul !" : La colonie est en fait une foule de dirigeants, mais il n'y a que très peu de dirigés. Bien des colons adoptent une attitude individualiste. Ils disent qu'ils pensent avoir trouvé pourquoi le terraformage ne répond plus, ou que LEUR cercle a trouvé la bonne manière de so'ccuper de ces microbes... Et ils ne réfléchissent pour la plupart pas à deux fois avant de foncer et d'essayer, même si leur action peut avoir un impact sur l'ensemble de la colonie. On parle beaucoup de coopération et de coordination, mais on ne fait rien. Du coup, les projets se contrecarrent souvent les uns les autres. Des expériences se télescopent accidentellement, avec des résultats étranges, malheureux, ou carrément destructeurs. Les projets s'annulent, ou s'ils sont identiques, mobilisent les mêmes ressources, gaspillant du temps, des ressources et de l'équipement.

Passer avant tout le monde : Les grands projets sont continuellement occultés par les petits problèmes et les objectifs à court terme. "Je dois faire des essais pour comprendre pourquoi les systèmes météo débloquent. Mais je ne peux même pas mettre au point un prototype opérant, parce que l'usine à plasma est bloquée par la file d'attente des projets des autres !"

Des ressources clairsemées : L'accès est vital pour les colons. L'accès aux bonnes machines, aux équipements adaptés, aux personnes compétentes. Cela crée de grands réseaux d'individus qui se doivent mutuellement des faveurs, ou qui ont sympathisé . Et là encore, le manque de coopération pose problème. Tout le monde veut les équipements pour SON projet, et tant pis pour les autres. Cela entraîne des conflits larvés, des trahisons, du népotisme, de la manipulation, du stress et de la rétention de ressources.

L'effet "boule de neige" : Dès qu'il y eut des gens dans la tour, ils se mirent à échafauder des plans et à partir dans tous les sens. La petite boule de neige commença ainsi à descendre la pente, et elle amasse encore aujourd'hui des projets avortés, des erreurs non corrigées et des résultats imprévus sur son passage. Le climat à l'extérieur en est une conséquence. Le problème des microbes en découle aussi. Au début du jeu, la colonie est en train de creuser consciencieusement sa tombe dans la joie.

Le court terme s'annonce bien, le long terme pas du tout : Les Da Vinciens ont tendance à penser à très court terme, à cause de leur ambition, de la rareté des ressources, et de la quantité de choses qui ne fonctionnent plus ou mal. Du coup, on rafistole au lieu de réparer proprement ou de remplacer, le "vite fait mal fait" est roi, on ne s'occupe que de retaper ponctuellement quelque chose dont on a besoin dans l'instant. Le travail bien fait peut attendre, quand on aura le temps : demain, plus tard, le mois prochain. Les gens peuvent être terriblement bornés, alors même qu'ils savent qu'ils risquent de s'en mordre les doigts plus tard.

Sentiment de culpabilité chronique et mauvaise conscience : Ils auraient dû avoir mieux avancé à l'heure actuelle. Il aurait dû y avoir des colonies en pleine expansion partout sur Da Vinci à cette période. On devrait être en train de prévoir le lancement d'autres seedships partout dans l'univers. Il rôde un sentiment de culpabilité tu, une sorte d'obsession de ce que dirait la Terre si elle voyait ce désastre. La colonie a peur d'êtres considérée comme un échec - ce qui conduit à toutes sortes de réaction, de la colère au ressentiment en passant par une ambition accrue ou le cynisme.

Une société faussée dès le départ ? : Nous aimons comparer la société à une ruche. On ne comprends pas comment ça peut fonctionner, mais ça fonctionne - à sa manière. Nous disons aussi que TAU, l'IA de la colonie, surproduit un type particulier de personnalité : le profil de l'entreprenant ambitieux, hautement qualifié et jouant cavalier seul, prêt à tout faire par lui-même. C'est bien pour la petite colonie initialement prévue, mais pas pour une vraie société. Les profils "doux" sont donc plus rares, et la société pourrait bien s'en trouver faussée dès le départ.

"On peut le faire !" : Malgré tout cela, nous voulons raconter l'hitsoire d'une société fondamentalement optimiste. Les colons savent qu'on dort comme on fait sa litière,et ils pensent que tout pourra être arrangé avec du temps, des efforts, des connaissances et des technologies. Ce n'est pas une histoire où l'on entend "Nous sommes condamnés, allons noyer notre désespoir dans la drogue en attendant la fin !". C'est une tragédie qui commence par "Et maintenant, au boulot !".

Au niveau individuel


Un environnement complexe en évolution permanente : En ce qui concerne la stabilité des structures dans la société de Da Vinci, on ne peut se raccrocher à rien, . Tout y est éphémère. Personne ne dort en même temps. Le travail est fait quand on en a envie, ou qu'une panne survient, et s'organise sur le tas. On n'a pas de foyer où revenir, pas d'abri stable. En gros, il n'y a que votre cercle, votre projet en cours, et ce que vous voulez devenir. Donc dès que vous sortez de votre floatbed, vous vous trouvez face à une activité débordante. Pas question de "Réunion générale à 15h !" ni de "On s'y retrouve ce soir.",  vous êtes censés reprendre ce que vous étiez en train de faire, ou chercher quelque chose d'autre quand c'est fini. Très stressant, très dur à accepter.

L'invisible siège : L'assaut combiné des microbes extérieurs et de ceux nés d'expériences incontrôlées est un rpoblème des plus grave. Ces saletés s'infiltrent partout : touchez cette machine, là... Vous venez de ramasser une quinzaine de souches indéterminées. Eternuez... Impossible de savoir ce que vous venez de libérer dans l'atmosphère. Approchez cette fissure dans la paroi..Par quelles procédures de décontamination allez-vous devoir passer débarasser vos vêtements et votre peau de ce qui a dû s'introduire par la brèche ? Les gens tombent malade sans arrêt. Des fois, ce n'est qu'une grippe, le nez qui coule, ou une fièvre... Et d'un coup c'est pire qu'Ebola - ruez-vous au labo et trouvez une solution avant que tout le monde n'y passe ! C'est un champ de bataille, tout peut arriver.

Des gens, des gens et encore des gens : TAU continue de déblatérer de nouveaux colons, et il y en a déjà trop. Difficile de vous démarquer, difficile d'être vous-même, difficile de vous faire une place. Il n'y a aucune intimité hors des floatbeds (et vous n'y êtes que dans un état second). Il s'agit de trouver une place dans la société, de vous définir : qui êtes-vous, que savez-vous faire, quelle est votre affiliation ? La plupart des gens répondent à ces questions grâce à leur cercle et en soutenant de grands projets. C'est comme les luttes de pouvoir dans une université :  vous n'avez que votre cerveau et vos idées, et certains s'en servent de façon parfois vicieuse.

Coincé dans une boîte de conserve : Il y a aussi la claustrophobie. Bien que personne ne soit plus sorti depuis longtemps (c'est bien trop dangereux depuis la dégradation du climat), l'envie n'en est que plus rpésente. C'est là, c'est à portée de main, c'est votre terre, votre future foyer. Cette planète vous appartient. Quel affront de devoir rester enfermé ici...

Faire des connaissances : C'est important de toujours faire de nouvelles connaissances. Le Da Vincien passe une bonne partie de son temps à établir des contacts, à négocier des faveurs, à corrompre, à faire jouer ses relations, à rechercher de nouvelles rencontres. Un Da Vincien sans réseau de connaissances est un Da Vincien anormal, mutilé : il n'ira pas loin.

Il n'y a pas de répit : Il faut aussi prendre en compte le fait de vivre dans une machine. Excéptés les rares jardins, la tour n'est pas conçue pour les humains. C'est une machine, et les humains s'y font une place en en enlevant des morceaux ou en les déplaçant. C'est comme si vous viviez dans votre bureau, au milieu de votre travail. Vous allez prendre une pause à côté de l'imprimante, faire une sieste sur le plan de travail, mais vous aurez toujours votre travil sous le nez à votre réveil. Pas de congé, pas de loisirs, rien qui ne vous rappelle qu'il vous reste tel ou tel problème à résoudre. Vous pouvez plonger dans un bain de vapeur pour ne plus voir tout cela, mais les problèmes s'accumulent pendant que vous faites des bulles...

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